dimanche 8 mai 2016

Imagine le reste - Hervé Commère - Editions Pocket



Bien plus que le polar ou le thriller, j'aime le roman noir. Le destin d'hommes et de femmes englués dans un quotidien souvent morne et désenchanté. Ceux qui face à l'adversité sombrent ou se révèlent.

Le roman d'Hervé Commère, « Imagine le reste » m'a comblée, on devine que l'auteur a pris plaisir à créer ces personnages et à nous entortiller dans une histoire aux multiples rebondissements.


J'avais croisé l'auteur plusieurs fois lors de salons de polars, mais c'est la lecture de « grain de sable », la nouvelle qu'il nous a soumis dans le cadre du trophée Anonym'us, qui m'a décidée à franchir le pas.

S'il est souvent fait allusion, lorsqu'on parle de ce livre, à des pièces de puzzle s’emboîtant les unes dans les autres, j'y vois plutôt l’œuvre des trois Moires qui se seraient emmêlées les doigts dans le tissage des destinées.

Chaque partie de ce roman est l'occasion d'un focus sur quelques uns des personnages dont les chemins se croisent et s'imbriquent au cours du récit pour le meilleur, parfois, mais plus souvent pour le pire.

Au final, une fresque d'individus humains, tellement humains. Dès les premières pages je m'y suis attachée. Parce qu'ils sont comme nous. Qu'ils font ce qu'ils peuvent avec les cartes qu'ils ont dans les mains et que le destin se joue d'eux.

Le fil conducteur de ces récits : l'amour et l'amitié. A la vie, à la mort… L'auteur semble avoir pris un malin plaisir à prendre cette expression au pied de la lettre, en nous offrant ce roman. Mais s'il parle d'amour et d'amitié, c'est un roman noir. Aucun risque de l' oublier.

jeudi 28 avril 2016

Zombi – Joyce Carol Oates – Livre de poche



Ne vous fiez pas au titre de ce livre. Contrairement à ce que vous pourriez penser, il ne s’agit pas d’une histoire de morts-vivants à classer dans le même registre que Walking Dead, mais d’une histoire de Serial Killer.

L’histoire de Quentin, racontée de l’intérieur. Peut-être l’intérieur de son esprit dérangé, ou bien par l’intermédiaire de son journal intime. Difficile de trancher, mais une série de petits croquis émaillant le récit me font pencher pour la deuxième hypothèse.

Une histoire glaçante, écrite au scalpel. Une écriture quasi clinique. J’ai été surprise, au début, par la typographie. Le fait que les « et » sont remplacés systématiquement par l’esperluette « & », mais aussi par la ponctuation parfois décalée par rapport aux codes classiques. Joyce Carol Oates entremêle dans ce récit, des phrases extrêmement longues, hachées par ces & qui accrochent le regard, et des phrases courtes, où le point final n’est pas toujours là où on l’attend. Ce travail sur la typographie rend la lecture inconfortable, mais c’est justement ce qui contribue à rendre compte de l’état de confusion dans lequel vit Quentin.. Elle accentue le malaise qu’on peut ressentir à la lecture de ce livre.

L’histoire, par elle-même et la raison du titre, je me garderais bien de vous les dévoiler. Vous découvrirez cela au fil des pages. Cependant, si vous imaginez qu’un Serial Killer est un type vivant en marge de la société, vivant caché, loin de tous, vous risquez d’être surpris par Quentin.
Ce fils de notable est quelqu’un tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Serviable, il s’occupe de tondre régulièrement le jardin de sa grand-mère, et de l’accompagner chez sa meilleure amie en lui servant de taxi. Il fait des études universitaires et semble parfaitement inséré socialement.

Au travers de cette sombre histoire, en transparait une autre, en filigrane. Celle d’une société où selon son statut social, la justice n’est pas la même. D’ailleurs, derrière le vernis social, n’y a t’il que Quentin qui cache de sombres secrets ?

La chronique Audio de ce livre, sur Radio Béton, c'est ici

jeudi 21 avril 2016

Haïku - Eric Calatraba

J’ai découvert l’écriture d’Eric Calatraba au travers du trophée Anonym’us. Sa nouvelle qui a fini en troisième position n’a laissé aucun membre du jury indifférent. J’ai été intriguée par son écriture et me suis penchée sur son roman Haïku. Je ne le regrette pas. Cela fait déjà plusieurs semaines que j’ai terminé ce livre et il laisse dans mon esprit son empreinte. Ce n’est pas le cas de tous les livres que j’ai pu lire… Hélas. 

Contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, Haïku n’est pas un roman contemplatif, nous invitant à la méditation. Il n’est pas non plus un recueil de poèmes japonais, odes à la nature. Non… Haïku sent le cuir, l’odeur du caoutchouc brûlé et du moteur encore chaud de l‘Hayabusa.  On y entend le crissement des pneux, le bruit des coups et des balles, ou celui plus discret, mais tout aussi efficace du Katana… 

Si Haïku est un roman dense, riche en actions, qu'on y trouve des personnages bien campés, avec une solide intrigue, il est loin de n’être que cela. Il nous fait voyager au travers des continents, entre l’Europe, la Russie et le Japon. Il nous invite à apprécier la philosophie que portent les arts martiaux, et notamment celle de l’aïkido. Mais ce qui, pour moi, le distingue de tant de romans d’action et de suspense qui eux aussi sont riches de ces ingrédients,  c’est la place des arts dans ce livre. Ils apportent au récit un surcroit de profondeur. Bien évidemment, il y a les haïkus, qui ont donné au récit son titre, mais plus encore la musique. La musique classique, les airs d'opéra qui ne sont pas là en fond, comme faire-valoir du roman, mais qui jouent dans ce roman un rôle essentiel.

Au final, j’ai eu souvent la sensation, non pas de lire un livre, mais d’être plongée dans un film riche en rebondissements. Un film avec son décor et avec sa bande son. Un livre qu’une fois commencé je n’ai pu lâcher avant la fin. Haïku est un livre haletant et j’espère qu’un jour il sera porté à l’écran. 

Ce roman peut être lu en version numérique pour un prix raisonnable. Vous pouvez le trouver ici : http://www.editionsdelondres./Haiku - Il peut également être commandé en version brochée publié aux éditions sudarènes (mais c'est plus cher). 

vendredi 15 avril 2016

A mort le chat ! Jeremy Bouquin

Avec ce livre vous allez embarquer dans un voyage qui va vous emmener des plus chics quartiers parisiens jusqu'au bled rural le plus paumé de France.

Vous avez intérêt à accrocher votre ceinture parce que le voyage est trépidant. L'écriture de Jérémy est alerte, pleine de punch et rend le récit vivant. 

Il faut dire que le héros de cette histoire est passablement déjanté, suffisamment pour accepter, alors même qu'il est végétarien, de faire du lobbying pour tenter de convaincre les français que les OGM, c'est super... Pour ce faire, il décide de descendre en province, à la recherche de l'homme providentiel, celui qu'il saura convaincre pour faire campagne.

On ne s'ennuie pas à le suivre dans cette sombre aventure qui va le mener des coulisses du pouvoir parisien à celles plus sordides encore d'un village paumé du sud de la France.

Et les chats, alors ? Hein ? Que viennent-ils faire dans cette histoire ?
Amoureux de nos amis à la douce fourrure et au ronronnement apaisant, si votre âme est trop sensible, accrochez-vous.  Ces pauvres bestioles vont passer un sale quart d'heure et vous risquez quelques haut-le-cœur. Si cela peut vous consoler, les chats ne seront pas les seuls de cette histoire à y laisser quelques plumes. Notre héros va lui aussi prendre sévère. Il faut dire qu'il va rencontrer de bien sombres personnages qui n'ont rien à envier, quant à leurs méthodes,  à celles, pour le moins expéditives des maffias les mieux organisées. Le garagiste de ce bled paumé, par exemple, aurait tout aussi bien pu être boucher.

jeudi 14 avril 2016

La falaise - Marie Delabos


Voilà un petit bouquin, plus proche du format novella que du format roman, dont j'aurais aimé qu'il soit plus long, car je me suis laissée emporter par la plume de Marie. Une plume légère et tendre, faite de douceur autant que de douleur.



Vous pouvez trouver ce roman aux éditions de Londres : http://www.editionsdelondres.com/La-falaise 

ou au format papier chez Sudarènes éditions, en le commandant via votre libraire ou en ligne.

Personnellement, je vous conseillerai la version numérique car le coût en est vraiment raisonnable.

C'est un récit tendre et déchirant. Un compte-à-rebours vers un événement redouté, que jusqu'au bout on se refuse à envisager, quand bien même il paraît inéluctable. Un livre plein d'émotion, mais dont les mots, s'ils racontent la douleur, le font avec retenue. Pas d'étalage de grands sentiments, pas de délectation à raconter l'évènement. Une écriture sobre et poétique. Pleine de pudeur.

Au final, ces pages que l'on tourne, l'air de rien, pèsent chacune de plus en plus lourd au fil du récit. Les signes de plumes se muent en signes de plomb.

Un livre que j'ai refermé, des larmes au bord des yeux, le cœur battant.

samedi 30 janvier 2016

La silhouette c’est peu – Nathalie Peyrebonne – Editions Phebus

La plupart des chroniques sur ce blog concerne des romans policiers, des romans noirs ou des livres jeunesse. Ce livre n'entre dans aucune de ces catégories, quoique, à sa façon, il est bien sombre aussi. Mais j'ai eu un vrai coup de coeur et je compte bien vous le faire partager.

De quoi s'agit-il ?

Tandis que des dictons parsèment depuis peu les rues de Paris, sans qu’on sache ni qui, ni pourquoi, nous allons voir progressivement quatre personnages s’esquisser par petites touches, au fil des mots et des dictons, comme un tableau impressionniste.

Angélique, la quarantaine, a décidé de ne plus quitter son appartement. Elle n’est pas aigrie, ni malade, mais elle ne veut plus être que spectatrice de ce monde qui vacille. Diane, elle est conductrice de taxi, elle s’interroge sur ses amours et elle attend. Agnès, scaphandrière, oublie le jour le chaos de sa vie recomposée en plongeant dans les eaux sombres de la Seine d’où elle extirpe parfois quelques trésors dérisoires. Edmé, un SDF, s’est choisi, comble de l’ironie, une marquise en guise d’abri.

Quatre personnages, donc, dont on sait peu de choses et qui vont, comme à la lueur d’une bougie, être partiellement éclairés d’une lumière mouvante, par les mots de l’auteure. On devine plus qu’on ne voit. La part d’ombre et de mystère reste plus importante que ce que l’auteure décide de nous dévoiler.

Les dictons sont les petites clés qui éclairent jour après jour une facette de la vie ou de la personnalité d’un personnage ou d’un autre. Introduisant chacun des quarante-cinq courts chapitres de ce récit, ils marquent aussi le temps qui passe. Du 30 aout « journée mondiale des personnes disparues » au 25 mai « journée mondiale de la serviette » en passant par celui du Saint Rémi, celui ou perdreaux vaut perdrix ou par la Sainte Catherine, quand tout arbre prend racine. Ils donnent sens parfois philosophique, souvent ironique à chacun des chapitres.

J’ai tout particulièrement aimé la plume légère de l’auteur. Elle est pleine de douceur et de poésie, mais cela ne l’empêche pas, bien au contraire, de nous renvoyer à travers ses mots quelques vérités bien senties. C’est un livre léger, mais loin d’être inconsistant. Cette légèreté n’empêche pas, et c’est toute la force de ce récit, de laisser une empreinte durable dans nos esprits. Il nous invite à nous interroger, à faire un pas de côté pour observer le monde et y trouver notre place plutôt que de continuer à nous agiter vainement dans l’arène.


samedi 16 janvier 2016

L'heure des fous - Nicolas Lebel

Vous n’aviez pas envie que les vacances se terminent ? Vous n’avez pas envie de vous prendre la tête,mais de lire un chouette polar à l’intrigue bien ficelée ? Vous êtes fan de personnages hauts en couleur ? Alors si vous ne connaissez pas encore Nicolas Lebel et son livre « L’heure des fous » c’est le moment de découvrir ce livre et la galerie de personnages qu’il nous a concocté.

En premier chef, Merhlicht. La voix rapeuse comme de la toile émeri, une gueule à faire peur, noyée dans un quasi-permanent smog bleuté aux vapeurs de gitane.
Son bras droit bodybuildé aurait pu choisir d’être architecte, tant son goût du carré, de la ligne droite d’où rien ne dépasse est très en harmonie avec le design d’aujourd’hui.
Pour compléter l’équipe, une rouquine qui ne s’en laisse pas compter. Il faut dire que pour trouver sa place auprès de ces deux énergumènes, il vaut mieux avoir un sacré caractère.
C’est cette équipe de choc que découvre notre quatrième larron, un flic stagiaire qui se demande ce qu’il fiche dans cette équipe. Mais il n’a pas tellement le temps de se poser la question, car un macchabée vient de leur tomber sur le paletot. Comme c’est un clodo, une enquête de routine devrait clore l’affaire rapidement, mais contre toute attente, l’histoire va déraper !


Si comme moi vous aimez les histoires écrites avec pas mal de verve, vous allez être servis. Il y a un éloge appuyé aux dialogues d’Audiart dans ce livre. Le vieux Merhlicht, probablement oublié par les théories de l’évolution est resté scotché aux années soixante et, tant dans ses méthodes d’investigation que dans son langage, il se frotte au monde et techniques moderne, portées par le reste de l’équipe et le jeune stagiaire.

Mais cela n'empêche absolument pas ce roman d'être moderne. Pas de nostalgie naphtalinée , ce n’est pas un remix des tontons flingueurs. C’est bien du monde d’aujourd’hui dont nous parle Nicolas Lebel et le ton léger du roman n’empêche pourtant pas quelques réflexions sur la place des laissés pour compte de notre société ou sur les techniques de manipulation des masses. Bref, c’est un livre à lire pour le plaisir et le divertissement, mais pas seulement.  Alors surtout, n'hésitez plus, filez le lire !